';
LE MODÈLE CARE

Le modèle CARE reprend à son compte les principes de la comptabilité traditionnelle pour l’étendre aux capitaux naturels et humains. Pour obtenir un profit intégrant les coûts relatifs au développement durable, CARE généralise la notion de profit selon laquelle le profit représente le montant maximum que l’on peut dépenser sur une période tout en maintenant le capital. CARE vise ainsi à concevoir un profit qui ne dégrade pas les capitaux naturels, humains et financiers de l’organisation.

Une règle Centrale

… de la science économique consiste en la conservation du capital. Cette notion, admise et appliquée de longue date en économie et en comptabilité, stipule qu’une organisation ne peut considérer comme un résultat – et donc ne peut consommer – que les sommes qui subsistent après avoir maintenu son capital intact. Cette considération est cependant assise sur une vision incomplète, du capital : le capital est ici appréhendé uniquement à travers sa dimension financière. Or, dans une optique de développement soutenable, le capital doit être considéré comme un concept systémique recouvrant à la fois le capital financier, le capital naturel, et le capital humain (Pearce et al., 1989).

La comptabilité en triple capital telle que celle proposée par Gray (1994), considère que pour atteindre la soutenabilité il convient de maintenir l’intégralité du capital, c’est-à- dire tous les capitaux indépendamment, et de ne dépenser que le profit qui en résulte. Les capitaux ne sont donc ici pas substituables, conformément à la version dite « forte » de la soutenabilité (Daly, 1992). Dans la lignée de ces travaux, la Comptabilité Adaptée au Renouvellement de l’Environnement (CARE) conçue par J.Richard (2012) à l’Université Paris Dauphine, propose des modalités opérationnelles permettant d’assurer cette conservation : la mise en application du principe d’amortissement à l’ensemble des actifs, qu’ils soient financiers, naturels, ou humains.

Le modèle
CARE

… reprend donc à son compte les principes de la comptabilité traditionnelle et l’étend aux capitaux extra-financiers. Pour obtenir un profit intégrant les coûts relatifs au développement durable, CARE généralise la notion de profit définie par Hicks (1939) selon laquelle le profit « est le montant maximum que l’on peut dépenser sur une période tout en maintenant le capital sur cette même période ». CARE cherche donc à concevoir un profit qui ne dégrade pas les capitaux naturels, humains et financiers de l’organisation.

Il existe plusieurs approches du capital. CARE considère le capital comme la dette de l’entreprise envers ses apporteurs de financements. Le capital est défini dans ce cadre comme « une chose (matérielle ou non) offrant une potentialité d’usages et reconnue comme devant être maintenue » (Rambaud, 2015). Ainsi, le capital est une ressource utilisée et dégradée par l’activité de l’organisation, mais qui doit être maintenue sur une période prédéfinie dans un état satisfaisant pour l’ensemble des agents concernés. Qu’il s’agisse de l’argent investi, d’un écosystème, des salariés, ou encore de l’atmosphère, CARE propose d’appliquer les principes traditionnels de la comptabilité pour s’assurer que ces ressources seront maintenues dans le temps. Par exemple, pour une industrie du bois, l’arbre représente une ressource (pouvant être consommée sans nécessité de maintien) et la forêt un capital (devant être maintenu).

Porte-paroles
des capitaux

Pour définir ce qui doit être maintenu, le modèle CARE privilégie le recours aux porte-paroles des capitaux, c’est-à- dire à l’ensemble des acteurs concernés par le maintien de la ressource, ainsi qu’aux intermédiaires permettant de « faire parler le capital » à l’image des porteurs de connaissances scientifiques. Une concertation entre ces porte-paroles doit permettre d’identifier à la fois les capitaux et leurs définitions, c’est-à- dire à la fois les ressources reconnues comme devant être maintenues, et l’état socialement souhaitable de ces ressources. La prise en considération des connaissances scientifiques peut s’avérer fondamentale car elle conduit à objectiver cet état souhaitable. C’est en particulier le cas pour la gestion des ressources naturelles, avec la détermination de seuils écologiques permettant de garantir la résilience des écosystèmes.

Pour ensuite valoriser le capital, CARE ne cherche pas à donner un prix à l’humain ou la nature (Richard, 2012), mais part du principe que la valeur « comptable » d’un capital (financier ou non) est toujours égal au niveau de ressources nécessaires pour maintenir ce capital sur une période donnée, dans un état conforme à la définition qui lui a été accordée. Le modèle nécessite donc de définir des budgets de maintien des capitaux, cohérents avec la définition de ces derniers, qui seront ensuite réalisés au cours de la période. Il s’agit en d’autres termes de définir les actions à mener pour maintenir les capitaux dans l’état défini comme souhaitable, puis de déterminer monétairement le coût de ces opérations (valorisation du capital), et de les mettre en application.

En ce sens, le modèle représente pour l’entité à la fois un outil de reporting (intégré),
et un instrument de gestion de la performance environnementale, sociale, et financière de
l’entreprise. Un outil au service d’une authentique transition écologique et sociale des organisations.